dimanche 28 novembre 2010

Le Jeu de la Manipulette.

Chroniques de la RRF, le bulletin d'information de Pascal Dequéant, élections présidentielles de 2012.
Hors-Série n°1 – Novembre – Décembre 2010
Je vous propose une adaptation des stratégies de manipulation sous la forme d'un jeu. Il n'y a rien à gagner, en dehors d'une prise de conscience que, parfois (trop souvent), les journalistes, vos élus, ceux gèrent vos vies, ont une légère tendance à vous prendre pour des c... (le fameux mots de trois lettres avec un « s » supplémentaire pour le pluriel)
Les règles sont simples: vous emmenez cette grille partout avec vous et dès que vous entendez une information, un flash spécial, que ce soit, à la télé, à la radio, à la une de la presse, au bureau, dans les réunions et autres débriefing, au café du coin, bref partout à ça communique, vous regardez dans quelle case elle peut entrer. (La colonne de gauche propose un résumé des dix stratagèmes de manipulation et celle de droite contiendra les informations que vous aurez recueillies.) Si vous ne parvenez pas à lui trouver une place, c'est que ça a de l'importance.
Vous allez voir que vous verrez les informations d'un autre œil quand vous aurez joué à ce jeu.
N°1: Stratégie de la distraction. Parmi ces informations, citons celles-ci:
- le mariage d'un des fils de Charles et Diana (dont l'intérêt, pour un français est quasi nul!)
- Les défilés des stars de la politiques qui ne savent pas si elles seront candidates mais qui ont commencé le tour des télés.
-Les polémiques artificielles déclenchées par des artistes "oups!" qui se transforment en Samantha le temps d'un faux problème.
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes.
N°2: Stratégie du problème, solution. Le sujet à la mode en ce moment est basé sur une vision négative de l'islam. En effet, pour satisfaire les vues de notre président qui va baser sa campagne sur le "sécuritaire", il faut un fautif à nos problèmes. Les musulmans sont donc la cible idéale. Il va falloir que ces sornettes cessent de se propager et que la population refuse de leur faire écho. Je rappelle la devise de la France "Liberté, égalité, fraternité". Sous le prétexte d'intégration (le vilain mot) les politiques nous exhortent en sourdine à la haine raciale et à la xénophobie. Il faut que cela cesse! Cette histoire de femme voilée qui va être révoquée pour non respect de la "laïcité" ne cachera pas la visite honteuse de l'empereur Nicolas au Vatican.
On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.
N°3: Stratégie de la dégradation. Pour illustrer cette stratégie:
-La retraite votée par la droite réactionnaire, injuste et qui ne règlera rien.
-Nous verrons, d'ici deux ans, il en sera de nouveau question.
-Nicolas S n'a fait que repousser le problème.

- Beaucoup d'entreprises qui restructurent leurs services procèdent de cette façon.
- Les syndicats se font généralement l'écho de ces procédés, il n'y a qu'à prendre connaissance de leurs tracts.
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.
N°4: Stratégie du différé. S'il fallait réellement faire un inventaire de tous les exemples concrets qui peuvent se ranger dans cette case, la place ne suffirait pas. Le monde du travail, les entreprises autant que les administrations, usent et abusent de ce stratagème. Toutes les restructurations liées à des mouvements de personnel (vers la porte de sortie) les coupes budgétaires, les politiques de restriction et d'économie (qui n'en sont pas, soit dit en passant) sont basées sur un étalement. On commence par un audit, qui donne lieu à un rapport, une communication amène le sujet qui fâche, avec quelques mensonges, de la mauvaise foi et du temps, tout passe.
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité.
N°5: Stratégie du gâtisme. Il est inutile de vous donner des exemples de cette stratégie. Il suffit d'allumer la télévision à n'importe quel moment, sur n'importe qu'elle chaîne pour que ça saute aux yeux. Ces reality-show stupides tels "la ferme célébrité" ou "loft story" et j'en passe (parce que je ne les ai pas tous vus) sont des abîmes de sottise.
Pour ce qui concerne les publicités, rappelez-vous que le grand Coluche, en son temps, avait déjà abordé le sujet avec génie. Pour se convaincre que 25 ans après sa mort, il est toujours d'actualité, vous pouvez écouter "rire et chansons". Ses sketches n'ont pas vieilli. Le remède, prenez un bon livre et lisez.
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton infantilisant, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ».
N°6: Stratégie de l'émotionnel. L'émotionnel consiste, par exemple, à interviewer des personnes bloquées par les grèves des trains et qui risquent de perdre leur travail. C'est une méthode très répandue pour déconsidérer un mouvement social quel qu'il soit. La pleurniche est communicative et permet de passer tout un tas de messages. Les journaux télévisés de toutes les chaînes en regorgent. On réussit même à en faire des magazine d'actualité. (Jacques Pradel!)
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…
N°7: Stratégie de l'ignorance. Une des meilleures façon que je connaisse pour faire le tri dans la population, c'est l'argent. Les écoles sont le lieu où s'opère cette sélection des individus. On se souvient de la guéguerre qui avait opposé les écoles privées aux écoles publiques, sous le règne (pardon, le mandat) de François Mitterrand. Il est quand même étonnant que les écoles supérieures de commerces, pour ne citer qu'elles, soient payantes. Les diplômés, s'ils n'acquièrent pas leur titre par leur intelligence, achète le papier avec les revenus de leurs parents.
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures.
N°8: Stratégie de la médiocrité. Le principe est simple: vous mettez dans les mains d'un adolescent une manette de jeu ou un téléphone portable et vous le lâchez dans la nature. Il saura s'isoler du monde en quelques minutes seulement en ayant l'illusion de communiquer. Vous rajouter MSN ou Facebook, et vous avez gagné le pompon!
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…
N°9: Stratégie de la culpabilité. Cette technique est employée un peu partout et plus particulièrement dans les entreprises qui veulent se restructurer. Tandis que les cadres et la direction accumulent les projets, les modifications et les changements, pour optimiser Dieu seul sait quoi et dans quel but, le personnel est déplacé, méprisé, maltraité et finit par être accusé d'avoir manqué de motivation. La culpabilité des employés peut les mener au suicide.
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…
N°10: Connaître les individus. Cette dernière stratégie est sujette à caution. Je ne dis pas qu'elle n'existe pas, bien au contraire, mais la manière dont elle est décrite peut paraître trop chirurgicale.
Il existe effectivement des méthodes de lavage de cerveau et de bourrage de crâne, pour reprendre une terminologie populaire, certains groupes terroristes, extrémistes ou pseudo-révolutionnaires en usent pour former leurs sympathisants et en faire des soldats bien conditionnés. Des sectes religieuses, des factions extrémistes (toutes confessions confondues) ont recours à ces méthodes pour conditionner leurs adeptes.
Si on ajoute à cela, la menace terroriste, la méthode peut avoir des répercussions terrifiantes.
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.


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